Jordi Galí

© Jean Rochereau
© Jean Rochereau

— Parcours
Je suis arrivé à la création par le chemin de l’interprète. En commençant la danse enfant et en rentrant très tôt au conservatoire, j’ai eu la chance de démarrer très rapidement une vie professionnelle riche et intense. D’abord à Barcelone (avec Emilio Gutiérrez), puis à Bruxelles (avec Wim Vandekeybus et Anne Teresa De Keersmaeker) et ensuite à Lyon (avec Maguy Marin), entre autres. L’étude de la forme et l’exploration du ressenti – ainsi que leur concordance – ont été au cœur de ma pratique de danseur tout au long de mon parcours. Aujourd’hui encore le rapport sensible au corps reste central dans mes créations. Au moment de chercher ma propre écriture chorégraphique, je me suis aperçu que les langages chorégraphiques que j’avais traversés s’étaient inscrits en moi au point de devenir des obstacles. Ils rejaillissaient par un trop plein. Retrouver des gestes, une autre manière de « faire », d’agir par « le geste ». Il m’a fallu revenir en arrière et retrouver un territoire propre, ancien. Et c’est de là que ces influences ont pu redevenir positives, constructives. C’est alors, et depuis ce territoire ancien ré-ouvert dans une nouvelle actualité, que surgissent mes pièces.


— Objet
De façon intuitive, j’ai eu besoin pour retrouver un nouveau rapport à mon corps et au mouvement, d’introduire la présence de l’objet, ce qui m’a offert la possibilité de déplacer, d’éloigner mon regard par rapport à l’action et de trouver un nouveau sens aux impulsions de mon corps. Il m’est alors clairement apparu que le lien que nous entretenons avec la matière nous transforme profondément et visiblement. Notre développement en tant qu’être vivant, notre anatomie, nos sens, sont le fruit des échanges multiples et permanents entre tout ce qui nous entoure et nous-mêmes. Et nous voyons aussi le monde se transformer inexorablement par l’action de l’homme. L’articulation entre le geste et la matière, entre l’individu et le monde compose l’endroit d’un échange double, permanent et transformateur.


— Geste
Ce qui m’intéresse aujourd’hui c’est de comprendre comment un geste se constitue, s’articule, s’apprend et se transmet. L’apprentissage d’un geste, sa répétition tout au long d’une vie, tout comme sa transmission à travers les générations, permet d’arriver à une forme d’acuité, de précision et d’efficacité jusqu’à devenir un savoir non-verbal. Le geste est façonné dans le temps, contraint, informé. Un équilibre délicat surgit alors entre fonction et légèreté : le geste facile du musicien, de l’acrobate, du potier, de l’agriculteur ou du forgeron ne l’est que par des heures et des heures de répétition. Aujourd’hui je suis chorégraphe et l’équipe d’interprètes qui m’accompagne dans les créations est majoritairement issue de la danse. Nos outils de travail sont donc ceux du danseur : perception, mémoire du geste, précision, coordination, rythme, présence. Nous cherchons à créer et à assimiler profondément des gestes nécessaires pour les restituer avec aisance et simplicité au regard du spectateur. En cherchant à transformer et composer le corps des danseurs par la matière qu’ils travaillent, je tente alors de proposer la possibilité d’un nouveau rapport au monde, tant pour l’interprète que pour le spectateur.


— Dehors
Depuis nombreuses années j’ai quitté les plateaux pour investir l’espace public et le paysage. La première proposition qui a nécessité spécifiquement un espace ouvert a été la création de Ciel. Cette expérience a généré une nouvelle trame de contraintes et d’interactions qui se sont révélées au fil du temps extrêmement riches, humainement comme artistiquement. Après des années passées à travailler et à danser sur les plateaux noirs, dans des studios fermés, l’expérience du dehors et de l’espace public est devenue réjouissante et libératrice. Un enjeu majeur. Être dehors m’a permis de placer le geste du danseur et le regard du spectateur autrement que sur un plateau. À l’extérieur, l’espace du danseur, la place du spectateur, la lumière, le son, deviennent des données mouvantes. Il faut négocier avec un paysage, une ville, qui changent en permanence. J’ai tenté de rendre mon écriture complémentaire et compatible, avec ce nouvel enjeu environnemental. Travailler dans l’espace public et pour l’espace public m’a ainsi permis un contact direct, immédiat, avec une multitude de personnes qui sont souvent loin des plateaux de danse, mais aussi d’explorer de nouvelles directions et d’expérimenter une dimension monumentale dans la relation avec l’objet. De façon empirique, j’ai constaté que notre relation à la forme est modifiée par le rapport d’échelle et que la perception que nous avons de nous-mêmes comme de l’endroit où nous sommes est influencée et transformée par le volume que nous observons.


— Temps
Avec mes créations j’ai tenté aussi de produire un temps dans lequel le spectateur peut redécouvrir et réactiver dans sa perception un contexte qu’il connaît déjà, dans lequel il a ses habitudes, ses propres repères. Une nouvelle relation au temps s’est ainsi créée au fil des pièces. Un paysage, une ville, ont leur propre temps, réglé par les cycles naturels et les transformations humaines, individuelles et sociétales. Et je crois que la perception que nous avons de ce temps est forcément liée à l’espace et au déplacement. Mes créations sont alors une invitation pour les spectateurs à choisir leur propre temporalité, de prendre – ou perdre – la mesure du temps. De prendre le temps d’être là où ils sont.


— Créations
J’ai creusé au long des dernières dix années, le rapport du geste à l’objet, au dehors et au temps, par des créations qui les explorent à chaque fois de façons différentes. Nous sommes passés ainsi de la manipulation d’un objet simple, à l’assemblage d’un ensemble d’objets et matières, pour finalement bâtir des architectures éphémères. Ces créations explorent ainsi des temps différents, allant pour les dernières, jusqu’à des durées de plusieurs heures. Plusieurs pièces sont aujourd’hui au répertoire, principalement pensées pour l’espace public : objet/machine et corps/rouage pour un jeu d’équilibre dans T (2008) ; gestes du bâtisseur dans Ciel (2010) ; puis je suis passé du solo au trio dans une approche plus architecturale avec Abscisse (2012) ; le travail d’équipe est devenu alors fondamental dans l’apparition d’une architecture monumentale à travers Maibaum (2015) ; enfin j’ai remplacé l’objet par « des corps qui travaillent avec des corps » avec ORBES (2018). Pavillon Fuller (2017) et Babel (2019) tentent d’en faire une expérience collective et participative.


— Processus de création
À travers les années et les créations successives, j’ai développé une méthodologie de travail propre, transversale aux différents processus de création. D’abord – et probablement le plus important – j’ai vu une équipe artistique se créer et se consolider au long des années autour de mes propositions. Pour la plupart interprètes avec d’autres compagnies ou porteurs de projets eux-mêmes, nous avons réussi malgré tout à préserver un groupe de travail fidèle. Et c’est avec leur concours, créativité et énergie que les pièces aboutissent. La collaboration avec Vania Vaneau fait également pleinement partie de ce travail en équipe. Sa place de chorégraphe et codirectrice de la compagnie, son regard sur l’ensemble et sur les particularités des projets, les échanges formels et informels, sa propre sensibilité, sont des moteurs qui me permettent de faire avancer les projets de façon exigeante et créative. Sur les dernières créations nous avons fait le pari de travailler lentement. Des premières résidences de recherche aux résidences de création pour aboutir à la première, ce sont presque trois années de travail. Cette temporalité permet la maturation du projet et laisse de la place à la démarche empirique qui fonde mon travail, notamment pour tout ce qui concerne les aspects très techniques liés aux principes de construction. Plutôt que de faire appel à des experts, chaque réalisation technique est ainsi le fruit d’une succession d’essais patiemment assimilés jusqu’à devenir intimement intégrés. Cette importance accordée au temps se double de l’attention portée aux espaces de travail. Mes pièces étant pensées pour l’espace public mais nécessitant un travail de corps, je cherche à alterner temps en studio et temps dans l’espace public. Ce dernier est alors primordial en fin de création afin de commencer à éprouver les futures conditions de jeu.


Plus d'informations : http://arrangementprovisoire.org

Dates surlignées : activités ouvertes au public

Archives

mars 2020

  • 5 mars au 9 avril
    Exposition "From a speck of dust to strange things" de Geoffrey Badel

    La chambre d'écho, ICI—CCN
    → mercredis et jeudis de 14h à 18h / vendredis de 14h à 17h [entrée libre]

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  • 18
    T — Jordi Galí
  • 23 mars au 4 avril
    Résidence de recherche et de création : Catarina Miranda

    ICI—CCN

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  • 24
    Atelier EN COMMUN
  • 25 au 26
    "une maison" de Christian Rizzo
  • 30 au 31
    "une maison" de Christian Rizzo

    Théâtre de Hautepierre, Strasbourg
    — dans le cadre du festival EXTRADANSE - Pôle Sud CDCN Strasbourg

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avril 2020

  • 1
    Le club de danse — Catarina Miranda

    Studio Bagouet, ICI—CCN
    → de 19h à 21h [tous publics]

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  • 2
    Fenêtre sur résidence — Catarina Miranda

    Studio Bagouet, ICI—CCN
    → 19h [entrée libre]

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  • 3
    "une maison" de Christian Rizzo

    Maison de la Culture, Amiens

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  • 5 au 6
    "d'à côté" de Christian Rizzo

    TAP, Théâtre Auditorium de Poitiers, Scène nationale

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  • 14 au 30
    Résidence Par/ICI : nyamnyam

    ICI—CCN

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  • 15 au 16
    "une maison" de Christian Rizzo

    La Comédie de Clermont-Ferrand, Scène nationale

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  • 16
    Fenêtre sur résidence — Michèle Murray

    Montpellier Danse – Studio Cunningham / Agora
    → 18h [entrée libre sur réservation]

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  • 20
    Par/ICI: — nyamnyam

    8000 ans plus tard, ouverture de l'installation
    La chambre d'écho, ICI—CCN et autres
    → 19h

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  • 20 au 24
    Pratique du matin/exerce — Carme Torrent

    ICI—CCN
    → 10h à 12h [danseurs professionnels]

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  • 21
    Atelier EN COMMUN

    mené par Christine Jouve et Catherine Beziex
    Studio Yano, ICI—CCN
    → de 18h30 à 20h30 [tous publics]

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  • 23
    Par/ICI: — nyamnyam

    Rencontre avec Isabelle Ginot et Joanne Clavel
    ICI—CCN
    → 19h [entrée libre]

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  • 23 au 24
    "d'à côté" de Christian Rizzo

    L'Estive Scène Nationale de Foix et d'Ariège

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  • 28
    Atelier EN COMMUN

    mené par Christine Jouve et Catherine Beziex
    Studio Yano, ICI—CCN
    → de 18h30 à 20h30 [tous publics]

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  • 30
    Par/ICI: — nyamnyam

    8000 ans plus tard, finissage de l'installation et performance
    La chambre d'écho, ICI—CCN et autres
    → 19h

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mai 2020

  • 2
    "ad noctum" de Christian Rizzo

    Tropiques Atrium Scène nationale de Martinique, Fort-de-France
    — dans le cadre de la Biennale internationale de Danse

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  • 5
    Exerce classe ouverte — Laurent Pichaud

    ICI—CCN
    → de 14h à 17h [tous publics]

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  • 5 au 7
    "d'à côté" de Christian Rizzo

    Les 2 scènes, Scène nationale de Besançon

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  • 11
    "b.c, janvier 1545, fontainebleau." de Christian Rizzo

    Musée de L'Orangerie, Paris

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  • 18 au 20
    Publications M2 — Master exerce

    Présentation publique des travaux des étudiants en 2de année
    ICI—CCN → 19h [entrée libre]

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  • 27 au 29
    "une maison" de Christian Rizzo

    Dansens Hus - Nasjonal scene for dans, Oslo (Norvège)

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juin 2020

  • 9 au 11
    Publications M1 — Master exerce

    Présentation publique des travaux des étudiants en 1re année
    ICI—CCN → 19h [entrée libre]

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  • 15
    "100% polyester, objet dansant n° (à définir)" de Christian Rizzo

    CND, Pantin
    — dans le cadre de Camping 2020

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  • 20
    "100% polyester, objet dansant n° (à définir)" de Christian Rizzo

    CND, Pantin
    — dans le cadre de Camping 2020

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