miramar

Christian Rizzo

Création 2022, pour 11 interprètes

miramar  © Christian Rizzo
miramar © Christian Rizzo

Note d'intention

Il y a la mer. Mais il y a surtout ceux qui la regardent.

Et puis, il y a ces hôtels, résidences et immeubles, souvent défraîchis, qui annoncent la promesse.

miramar.

Baies vitrées.

L’horizon, fixe, et le flux incessant qui cohabitent, et dans leur écart, les regards qui s’y perdent et les corps qui se dénouent.

Êtres vagues ou historiques, en souvenirs erronés.

Dire « au loin » ou « de l’autre côté », avec le poids du point fixe qui mesure l’espace à venir.

Être à plusieurs le corps d’un autre, une tresse de fragments organiques, un ectoplasme spatial.

Revenir sur ses pas, arpenter les intervalles entre les corps et nourrir le vide de fulgurances.

Et faire forme, danser le lien à l’invisible, en saudade sans cesse recomposée.

— Christian Rizzo, février 2020

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Horizon, perspectives et flux : un appel en mouvement, un mouvement par l’appel

Au départ, il y a comme un appel à quelque chose, au loin.

J’aime cette idée de « là-bas », de « l’autre côté » ; un manque indéfinissable.

Peut-être de la pure projection ? Peut-être est-ce soi-même, ou un autre ?

Il y a comme un arrachement, une trouée, un manque, qui induisent une nécessité d’appeler par le mouvement. Entre le corps qui lance l’appel et le point de perspective de celui-ci, il y a un flux. À partir de ces trois éléments, je commence à construire une esquisse compositionnelle.

L’horizon, son point d’observation et le flux : comment se trame alors le passage constant de l’un à l’autre ? Et comment dans ce mouvement s’accueille une élasticité entre abstraction et mode fictionnel ?

Je pense aussi à la saudade, ce sentiment complexe où se mêlent nostalgie, mélancolie et espoir. Un état qui convoque ce qui s’en est allé, tout en attendant son retour, sans être vraiment sûr que cela soit possible.

Une puissance logée dans l’incertitude de l’existence d’un hors-champ.


1 + 10 danseurs

À ce jour, la pièce est structurée en deux parties indissociables : un solo, suivi d’une partie polyphonique dont la composition est une combinatoire d’appels singuliers.

En creux : solitude et groupe, des récits croisés et fragmentés

Le solo inaugural pose un cadre et permet d’inscrire l’espace ; l’interprète restant par la suite au plateau, dos au public, pour observer le groupe qui se constitue. Ceux qu’il regarde sont également ceux qui composent le flux entre lui et l’horizon.

Il est le témoin qui convoque tous ces appels dans des histoires, et/ou géographies, différentes.

Ce corps qui observe est crucial. C’est son regard qui permet au groupe d’exister.

Tous les appels se projettent de manière très intime vers un point de fuite qui est le même pour tout le monde.

Cet appel serait-il finalement commun ?


Personnages en quête d’horizons

Pour la première fois dans mon travail, je suis tenté de convoquer des personnages atypiques en parallèle à des figures hybrides afin, peut-être, de marquer l’idée que cette communauté qui fait face à l’horizon n’existe pas de fait. Elle s’est fortuitement formée, conduite par le manque intime, profond, d’un autre.

La seule chose qu’ils ont en commun est de venir à cet endroit, appeler quelque chose de très personnel.

Il s’agirait de travailler la tresse de leurs dix appels qui évoquent entre-autre l’espace de la mémoire.

Je garde toujours vive cette obsession de personnages en quête d’auteur, qui viendraient réclamer leur contexte pour savoir de quoi ils sont faits, et quel avenir ils peuvent espérer.

C’est précisément cet enjeu de contextualisation/dé-contextualisation qui m’intéresse : tout ce qui manque autour, un vide actif, une tension avec l’absent.


Scénographie

J’imagine une structure plafonnée lumineuse, qui accueille un grand néon mobile composé de 5 à 7 modules autonomes, prenant la largeur du plateau. J’ai en tête l’image de la lumière d’une photocopieuse, une ligne qui « scanne » le sol et pourrait, par la suite, commencer à se décaler, par module (chacun ayant son propre mouvement), pour reformer - par instants - une seule ligne.

Le mouvement de la lumière aura une circulation continue de l’avant au fond de scène. Une ligne de lumière qui oscillera au fur et à mesure que les modules qui la composent se décalent.

Quant au sol, je le projette revêtu d’une texture miroitante ou peut-être métallique qui reflète énormément la trace de la lumière. Une manière de dévoiler les danseurs pris dans un reflet lumineux en mouvement constant.

Cette idée du « scan » me renvoie au flux de la mer, des allers-retours réguliers, mais - ici - de façon plus inquiétante, inexorable, mécanique.

— Christian Rizzo, mars 2020 / propos recueillis par Smaranda Olcèse-Trifan

Chorégraphie, scénographie, costumes Christian Rizzo

Production ICI — centre chorégraphique national Montpellier - Occitanie / Direction Christian Rizzo
Coproduction (en cours)

Dates surlignées : activités ouvertes au public

Archives

octobre 2020

  • 10 octobre au 4 janvier
    "100% polyester, objet dansant n° (à définir)" de Christian Rizzo et Caty Olive

    FRAC, Franche-Comté

    En savoir plus